Lettre de fin d’année à la culture tchadienne

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Il  est de culture, pour nous les mondains, de vouloir croire que le début d’une année marque le commencement de quelque chose de nouveau, d’un nouveau départ, de nouvelles résolutions etc. Balivernes ! Nous serons là encore comme des cons à recommencer le même balai l’année suivante.

Depuis que l’or noir tchadien a perdu de sa superbe, tu es apparemment devenue le terrain privilégié des propagandistes, des voyeuristes, des visionnaires, des bienfaiteurs, des activistes hier politiques, qui ne se sont pas remis du KO présidentiel mais ont trouvé, en changeant de casquette, une nouvelle scène et un nouveau public pour les écouter.

Si tu le veux bien, je vais me permettre une fois de plus (et surement pas la dernière) de faire travail d’intendance pour toi et en ton nom, si je le peux bien sûr ! Tu es le seul domaine où tout le monde peut se permettre de dire et faire ce qu’il veut sans aucune incidence majeure. En bon intendant, laisse-moi te rappeler de quoi est constitué ton grenier.

Chère culture, la nature a horreur du vide

Tu me diras qu’en Afrique, le vide est une excellence stratégie de gouvernance, c’est vrai ! Mais dans ton cas, le vide te sera fatal, le vide dont tu fais l’objet plus que n’importe quel autre domaine a fait de toi un camp de réfugiés, de retournés venus asphyxier le très peu d’artistes que tu as pu forger jusqu’ici. Il te faut en forger plus, en fabriquer plus, pour que dans une purge naturelle, tous ces réfugiés et retournés aillent s’attaquer à un domaine moins noble et moins compliqué.

Que font tes artistes ? Qu’entreprennent ceux qui disent connaitre et détenir les clés de l’excellence artistique ? Que leur as-tu recommandé pour te venir en aide ? Que leur inspires-tu ?

Chère culture, les nationalistes sont en train d’envahir ton espace d’expression

Si la culture est universelle et sans frontière, chaque peuple a cependant sa culture et dans le choc des cultures, celles les plus véhiculées, les plus promues, les plus divulguées sont celles-là qui s’imposent et occupent l’espace des autres. Demande aux nationalistes, ceux-là dont le travail consiste à « forcer » les gens à consommer et à s’identifier aux œuvres culturelles de leurs frères nés sous la même bannière. La culture est avant tout une éducation, une façon de vivre, de voir et de raconter le monde. Lorsqu’un peuple ne se reconnait pas dans les productions artistiques de ses artistes, c’est que ces derniers ont échoué.

Le temps des approximations est passé, place à l’excellence, mes chers artistes

Un artiste est un ensemble formé par le talent, la connaissance et le travail. Voilà qui est dit, voilà qui doit être su. L’artiste est celui qui éduque, qui dénonce, qui revendique, qui crée des tendances, qui divulgue des nouvelles mœurs, brise des tabous etc. C’est un être d’exception, qui sait prendre de la hauteur en marge de la société dans laquelle il évolue. Il sait lire au-delà des mots, des critiques des calomnies. Il est le public et le public est lui. L’art et la critique sont intimement liés ; les artistes sont avant tout des critiques ; lorsqu’ils s’engagent, revendiquent, dénoncent, brisent le silence etc. un artiste qui n’accepte pas la critique n’en est pas un à vrai dire.

Dans votre mission d’éducation, de divertissement du peuple,  vous êtes érigés en modèles pour des générations à venir alors, travaillez à sublimer votre art, à mieux travailler vos textes, exprimer vous dans la langue que vous maîtrisez le mieux.

Tout le monde est ambassadeur de sa la culture

La promotion de la culture n’est ni un luxe, ni une vertu réservée à certaine personne. Cela n’est non plus un titre diplomatique que l’on embarque en même temps que sa valise dans la soute d’un avion ou dans le wagon d’un train, et encore moins un logo estampillé sur un vêtement. La promotion culturelle est avant tout intrinsèque à tout un chacun. Nos connaissances, nos forces, nos faiblesses, notre expression, notre comportement face à l’autre, c’est tout cela qui participe à la promotion de notre la culture. Des choses que nous ne pouvons malheureusement pas emporter dans des bagages ou dans des clés USB. Quand on s’engage à une cause, la première chose qu’on n’y engage c’est sa personne et sa personnalité, user de tous les subterfuges pour dire le contraire n’y changera rien.

Alors chers ambassadeurs, promoteurs, entrepreneurs culturels…

Aucune commission d’homologation n’a jamais été mise en place pour l’agrémentation de tel ou tel festival et encore moins pour en valider l’internationalisation. Aucun conseil supérieur des artistes ne s’est réuni à ce jour pour en nommer ses représentants, ses porte-paroles, ses avocats etc. Toute entreprise culturelle est avant tout une action personnelle ou commune à un groupe de personnes et qui seules en savent les motivations et les objectifs.

Ne vous comportez pas comme Christophe Colomb face aux indiens d’Amérique, prenez le temps de vous acclimater, de maîtriser l’environnement et ses spécificités, sinon entourez-vous d’une équipe compétente.

Voilà donc lancée la nouvelle année et ce qui est sur le travail d’intendance sera encore plus intense et plus âpre.

Point final

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