Les panthères tchadiennes des réseaux sociaux

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Pour ceux qui suivent l’actualité PPP (People Panthère Piment) des réseaux sociaux, ils ont sûrement constaté la montée en puissance des stars virales peu ordinaires sur les réseaux sociaux. Elles sont jeunes, parties de rien, avec pour seul atout leur physique. Notre bienveillant Seigneur n’a pas fait dans la dentelle pour certaines en les façonnant à l’imagination de nos aspirations libidinales. Il s’agit de filles qui assument pleinement le fait que leur image soit étroitement liée au piment(1) et qui en tirent le maximum de gain possible. Je vais vous expliquer qui sont ces PPP.

Coco Emilia, la jetseteuse camerounaise qui ne mâche pas ses mots.

Qui ne sait pas qui est  Nathalie Koah, Coco Emelia ou encore Eudoxie Yao? Elles sont la parfaite illustration de ce phénomène. Elles sont suivies par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Elles sont des panthères parce-que « mangeuses » de l’élite masculine, il faut avoir un compte bancaire bien fourni pour les approcher. Elles vendent le piment, selon la croyance populaire, personne mais alors personne n’accepte que l’origine de leur patrimoine financier soit ailleurs qu’entre leurs jambes. En tout cas, force est de constater qu’elles sont là et font bouger les communautés autour d’elles.

Le phénomène des filles qui veulent devenir des stars virales sur les réseaux sociaux est en pleine expansion sur le continent et elles se donnent tous les moyens qu’il faut pour y parvenir. Le but est tout simple : avoir le maximum de « followers » à des fins commerciales bien sûr. La différence se fera sur la nature de la marchandise proposée. Pourquoi au 235(2) nous n’avons pas encore notre ambassadrice du piment ? La réponse se trouve dans plusieurs réalités propres au Tchad.

Les gros clients du piment pour la majorité sont des analphabètes du 2.0

Nathalie Koah, connue comme l’ex petite amie de Samuel Eto’o, auteure du roman « Revenge Porn ».

Pour ceux qui fréquentent les endroits de négoce de cette denrée très prisée qu’est le piment feront bien le constat que les gros clients ne sont pas jusqu’ici des adeptes du 2.0. Au contraire, ce sont de vrais analphabètes qui, malgré leur fortune financière restent les moins nantis du 2.0. Les vendeuses, en bonnes stratèges, ont dû s’adapter aux réalités du terrain. Un marketing de proximité dans les lieux de consommation du jus de houblon est plus efficace qu’une photo publiée sur Facebook ou Instagram.

Internet coûte très cher au Tchad

L’essence même de la vie en 2.0 c’est l’Internet. Quand 1GB d’internet coûte 12 000 francs CFA (presque 19 €) dans un pays où plus de 70% de la population vit avec moins d’1€ par jour, y’a vraiment de quoi décourager les candidates tchadiennes à l’immigration dans les pays Facebook, Instagram et Snapchat. Avec des connexions optimisées en 3G+ et 4G, il faut compter en moyenne 1GB d’internet par jour pour surfer sur les réseaux sociaux, soit 30Gb par mois, ce qui fait 360 000frs (presque 550 €) par mois. C’est cher payé pour un lieu où leurs bailleurs de fond ne sont mêmes pas présents. Le temps que la clientèle « s’androident », on gère d’abord ailleurs.

Nos panthères sont encore en cycle de professionnalisation

N’allez surtout pas croire que nous n’avons pas nos panthères ici, il s’agit quand même d’une élite produite par le métier le plus vieux au monde. Même si la société tchadienne reste fortement « coranisée et biblique »,  c’est rien face à la montée en puissance de l’Église digitale. Il y a ces jeunes filles, donc, pour la majorité diplômées mais chômeuses, proprios des téléphones dernier cri qui passent l’année entière à saturer les réseaux sociaux avec les selfies pris dans les hôtels et les plages dans le monde entier.

Elles se livrent entre elles une concurrence acharnée. Chacune essait d’aller toujours plus loin que celle qu’elle appelle hypocritement « sœur lem(3), chou lem ». Ne me demandez pas où elles obtiennent les financements de ces safaris couteux et inutiles, j’ai bien dit plus haut, que pour la majorité, elles sont chômeuses.

Faudrait-il commencer à s’inquiéter du phénomène ? Non pas du tout !

Eudoxie Yao – star virale ivoirienne aux formes renversantes: 350 000 followers sur Instagram.

Pas vraiment en tout cas, parce que jusqu’ici, la classe des filles qui se livrent à ce safari pimenté ne voient pas plus loin que la caméra de leur smartphone. Elles sont encore très loin de devenir des personnes influentes à 350 000 « followers » comme d’autres sur d’autres cieux. Leurs actions pour le moment sur les réseaux sociaux ne visent qu’à faire pâlir de jalousie leurs collègues. S’il faut s’inquiéter c’est pour elles-mêmes, car on s’imagine bien quel peut être le degré de soumission auquel elles font face pour bénéficier des millions de leurs riches donateurs. C’est aussi ça être une panthère, souffrir pour attraper une proie de choix. Nous sommes très loin de l’engouement observé au Cameroun voisin ou en Côte d’Ivoire.

Quoiqu’il en soit, lentement mais surement, le phénomène est entrain de prendre de l’ampleur au point de rendre toutes les fillettes issues des familles pauvres (et Dieu seul sait à quel point on peut être pauvre quand on l’est au 235) très friandes des véhicules de luxe. Bref, nous sommes sur la bonne voie, les selfies deviennent de plus en plus des « sexfies » avec des postures de plus en plus explicites. L’avenir est dans l’agriculture du piment et du djansang.

(1) Piment: nom à la mode et actuelle pour désigné le sexe féminin

(2) 235: indicatif téléphonique du Tchad, utilisé à la place de Tchad

(3) Soeur Lem: mélange de français et Ngambaye signifiant affectueusement « ma soeur »

(4)Djansang : Les amandes de ricinodendron épaississent facilement les sauces.

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