Musique urbaine made in Tchad : pourquoi ça ne marche (toujours) pas ?

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crédit photo: Rolland Albani

La musique urbaine est en pleine explosion en Afrique et selon des observateurs avertis, ça ne fait que commencer en fait. C’est une musique qui échappe à toutes les règles et à tous les codes régaliens qui se sont imposés au fil du temps dans le showbiz. Un peu partout en Afrique, on voit des jeunes inconnus encore hier devenir des superstars du jour au lendemain grâce à la musique urbaine. Le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Congo en sont les exemples par excellence. Ces pays produisent à la pelle des nouveaux visages dans ce paysage tout le temps. D’autres pays cependant réussissent néanmoins à avoir un, deux, trois, voire quatre dignes ambassadeurs dans cet univers en pleine expansion : le Gabon, le Mali, le Burkina Faso,  la Guinée, le Sénégal ne sont pas en reste. Le Tchad est un curieux absent dans cette nouvelle tendance et pour des raisons qui sont multiples.

Une absence qui crée beaucoup de frustrations chez les mélomanes tchadiens qui s’exaspèrent de ne pas aussi voir leurs artistes sur les chaines musicales internationales, de ne pas les voir sur les grands podiums à travers le monde, de ne pas les voir dans des featuring* qui vont rêver avec d’autres superstars africaines, américaines et européennes. Essayons de comprendre pourquoi nos artistes sont absents dans cette révolution en marche.

La musique urbaine est une musique de variétés difficile à suivre pour l’artiste tchadien

Artistes tchadiens en herbe – Crédit photo: Rolland Albani

La musique urbaine est une musique où le vent tourne très vite. S’il suffit de d’un seul hit pour y entrer, il faut ensuite rapidement enchaîner pour rester sous les projecteurs. On n’y reste pas au top avec un hit, parce qu’en termes de hits, ça bouscule gravement derrière. Pour l’instant l’on en n’est pas encore là surtout que le tout n’est pas de produire un hit mais maîtriser le circuit qui va permettre que ce hit arrive aux oreilles d’ailleurs.

La musique urbaine est une musique hyper connectée, mission impossible pour le Tchad dans l’état actuel des choses.

Crédit photo: Rolland Albani

Mon dernier billet dans lequel j’implorais Airtel et Tigo pour la connexion internet doit vous aider à comprendre que c’est le boulet que la musique urbaine traine aux pieds. La première plateforme de diffusion de la musique urbaine ce sont les réseaux sociaux. L’artiste urbain doit y être présent 24h/24 à travers des posts, des lives, des covers etc. c’est le meilleur moyen et le moins coûteux de toucher le public à l’international. Dans un pays où  1Gb d’internet coûte 12 000frs CFA, comprenez que tous ces jeunes musiciens talentueux en devenir n’ont que les yeux pour pleurer quand ils voient un tel sésame leur passer sous le nez faute de moyens.

Le Tchad n’a pas ses gurus du showbiz

Crédit photo: Rolland Albani

Dans la majorité des autres pays, ils existent de véritables gurus du showbiz, des personnes capables même de transformer de l’eau en vin (on voit leurs œuvres sur Trace LOL !). Ce sont des producteurs dont le simple nom suffit à mobiliser toutes les attentions. Ce sont des têtes fortes dans le showbiz ; ils entretiennent une relation privilégiée avec les proprios des salles de spectacles et des night clubs, les DJ, les animateurs culturels, les journalistes et chroniqueurs culturels à travers le monde. Ils ont la capacité financière pour amener un artiste (bon, moyen ou médiocre) au sommet du showbiz.

Au Tchad, il n’existe pas pareille personne. Nous avons ce qu’on appelle à tort ou à raison des promoteurs culturels. Un titre qui peut être attribué tantôt à un riche fan qui décide de vous produire un album, aux proprios des buvettes qui vous font jouer de temps en temps, à un riche homme d’affaires ou homme politique chez lequel on va faire des courbettes de temps à autre pour diverses raisons. Seulement, pour ces différents promoteurs culturels qui aident les artistes, tout leur importe sauf la réussite de l’artiste. Faut pas compter sur eux pour voir l’international.

L’absence des artistes tchadiens sur les chaines musicales internationales

Sultan en prestation – Crédit photo: Rolland Albani

Sur la planète musique urbaine, les chaines musicales internationales sont des soleils indispensables dans le rayonnement des jeunes pousses. Trace ( Africa & Urban), BBlack ou encore la toute dernière née DBM TV sont des canaux incontournables mais sur lesquels les artistes tchadiens sont absents. Au départ, l’on a justifié cette absence par la mauvaise qualité des clips des artistes qui ne répondaient pas aux normes de diffusion. cela à pousser certains à importer des réalisateurs étrangers à coups de millions pour faire des clips « professionnels ». les rares qui ont eu la chance d’être diffusés, ça n’a pas duré longtemps. Retour aux oubliettes! d’aucuns ont accusé certains personnes proches de la chaine la plus plébiscitée de monnayer la diffusion alors qu’elle est censée être officiellement gratuite. Quoiqu’il en soit même avec l’arrivée des nouvelles chaines, l’on aperçoit toujours pas le Tchad dans les playlist… Mystère.

N’Djaména n’est pas une ville attractive pour le showbiz africain.

L’espace spectacle de la maison de la culture Baba Moustapha – Crédit photo: Rolland Albani

Quand des artistes chantent et veulent s’attirer des audiences ils ont cette manie de citer les noms des capitales du showbiz à travers l’Afrique. Vous allez par exemple entendre un artiste nigérian citer Douala, Accra, Abidjan, Bamako, Dakar, Yaoundé, Conakry etc. il s’agit en fait des villes qui sont des destinations privilégiées pour un éventuel concert. Même les congolais qui sont champions dans cette exercice, jamais vous n’entendriez N’Djaména dans leurs litanies. Parce qu’il n’y a rien qui les motive à citer N’Djaména (par extension le Tchad).

Ce morose tableau ne présage rien de bon pour le Tchad. Un grand rendez-vous de plus avec l’histoire que le Tchad est entrain de rater après celui de la révolution numérique. Ce qui est le plus désolant est que ce sont des domaines par excellence où s’exprime la jeunesse. Que nous reste-t-il donc ? nous en reparlerons.

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3 thoughts on “Musique urbaine made in Tchad : pourquoi ça ne marche (toujours) pas ?

  1. Tout à fait bien dit. Il nous faut une volonté politique et un soupçon de patriotisme.Il faut un soutient aux initiatives culturelles locales. Il faut professionnaliser la filière musique au Tchad.ce n’est quand partir de ça qu’on va répondre présent au concert des nations..

  2. Bien dit,tant que l’internet sera aux yeux des tchadiens comme un luxe l’artiste tchadien ne saura que faire pour exporter et exprimer son talent.

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