Massood & Waïti: deux styles qui se côtoient sans se mélanger

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Ils sont jeunes, ils appartiennent au même label, ils ont (ou presque) les mêmes influences musicales mais les exploitent différemment. Ils font parti de la nouvelle génération d’artistes tchadiens ancrés dans la musique urbaine, dont le regard est tourné vers l’international et la main posée sur le cœur pour leur chère patrie, le Tchad. Regard croisé sur deux artistes en herbe à travers leurs derniers singles.

Il y a exactement deux semaines, Massood Dgam nous faisait découvrir via Facebook et Youtube le clip vidéo de son single « Maman » et le 1er juillet, Waïti nous dévoilait le titre « Habi » en featuring avec sa « très habituée » Lincy. Même si les deux sont signés dans le même label, ils sont des produits de deux mondes bien différents. En voici la preuve.

L’underground pour Massood et le bling bling pour Waïti

Massood Dgam est un produit des bas fonds de N’Djaména qui ont forgé son style. Il chante et rappe essentiellement en gambaye et en bunda (langage codé des gars de la rue dont l’illustre ambassadeur est Ray’skim) avec quelques brins de français. Il est doté d’un timbre vocal grave, qui n’est pas sans nous évoquer chez nous les « écouteurs » l’accent d’un bri qui a déjà pris un truc… bref !

Waïti lui semble plutôt issu de la crème sociale de N’Djaména, il est résolument et définitivement marié aux codes made by the american dream : chaines, tatouages à outrance et tout ce qui va avec. Il a un flow très calqué sur le flow américain, à cheval entre le RnB et le rap. Il pose en français, en arabe et en anglais, un mélange qui donne une certaine originalité à son flow, très inhabituel pour le Tchad. Alors, qu’est ce que ça nous donne au micro pour nos deux soldats du Death Crew ?

L’amour pour une mère de l’underground pour Massood

Le titre « Maman » de Massood rend un hommage authentique à ces mères de l’underground, qui la plupart du temps élèvent seules leur progéniture, contre vents et marrées, à la sueur du dur labeur des petits commerces. Elles rêvent toujours grand pour leurs enfants, même si elles n’ont pas la toujours les moyens de les conduire vers une vie autre que la leur. « Maman voulait voir son fils pilote ou médecin » un rêve qui se réalise très très rarement pour des enfants qui côtoient en même temps les dangers de la rue et un quotidien de vie dans le stricte minimum.

La street vidéo qui accompagne le son montre à suffisance de quoi est faite la rue tchadienne. Une vidéo que je vous recommande fortement…

Mon seul regret est que cette vidéo publiée n’est pas au format en HD, impossible donc d’être récupérée par des chaines de télévisions d’ailleurs pour diffusion.

L’amour pour une fille pour Waïti

« Habi » est sûrement le sujet du son de Waïti en featuring (une fois de plus) avec Lincy, un son que vous pouvez écouter ici…

Officiellement sorti le 1er juillet 2017. Aucune date n’a été annoncée pour le clip je vous tiendrai au courant qui ça se fait ! « Habi » n’est pas sans personnellement me rappeler le son « Chamatah » en featuring avec Lincy que vous pouvez voir ici…

Le son est fidèle à l’esprit des collabo à l’américaine où lorsque Usher retrouve Alicia Keys en feat c’est pour se chanter qu’ils sont leur « my boo » et vice versa.

Voilà de quoi il s’agit essentiellement dans « Habi », j’espère simplement que pour cette fois le beat sur lequel nos deux featuristes s’expriment n’est pas une propriété américaine. Le son chatouille bien l’ouïe même le flow que nous propose Waïti en anglais semble être simplement le rassemblement de plusieurs expressions très entendues dans les sons américains. Voyons jusqu’où nous pourrons transporter ce duo.

Plus de maturité chez Massood, plus de promesses chez Waïti

Sur le fond et la forme, Massood semble le mieux aligné sur les nouveaux code de la variété urbaine africaine. Oui, ils font tous les deux de la variété… vous savez, ce genre de son qu’on aime qui, le temps d’une saison ensuite va aux oubliettes. C’est vrai que certains réussissent à faire d’une variété un classique mais c’est hyper difficile dans l’actualité musicale qui prévaut sur l’Afrique.

Massood représente cette jeunesse d’en bas qui assume son passé et son présent, rêve son futur. Il est bien sûr influencé par les courants urbains qui viennent d’ailleurs mais n’affichent aucun complexe face à cela. Il propose un style authentique qui avec la force du travail pourra côtoyer les sommets au même titre que Nash l’ambassadrice du Nouchi ivoirien. Il rejoint dans ce style le kôrô Rayskim.

Waïti représente une jeunesse multi-identitaire, dont l’identité change et se transforme au fil des rencontres. A cheval entre le RnB et le rap, il est sur une proposition brute, qui on l’espère avec la force du travail arrivera à tailler son diamant. Actuellement dans la variété, l’heure est à la varité africaine authentique, qui porte le tissu pagne avec le jeans, qui s’est éloigné des codes linguistiques et vestimentaires euro-américains. Kiff No Beat, NG Bling, Franko, Locko, Fanicko, Mink’s etc. en sont des illustrations parfaites.

Nous allons continuer à suivre ces deux soldats du Death Crew de très près. C’est un vent de renouveau qui souffle sur la scène tchadienne. Il le faut car il y’a encore énormément et nous encourageons l’effort fait même si l’environnement n’est pas un cadeau.

Musicalement votre.

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One thought on “Massood & Waïti: deux styles qui se côtoient sans se mélanger

  1. Vous avez abattu un bon travail. A travers cet article, je viens de découvrir un nouveau talent caché ( Massood) qui fait dans le même style que Ray’s Kim.

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